Les
floraisons
Sur
la Côte d'Azur, la vigne vierge a déployé ses
feuilles sur les murs des maisons.
Les
premières fleurs blanches accompagnent le renouveau de la
nature
Spirea
cantoniensis, Spirea prunifolia, Rhodothypos scandens,Philadelphus,
Clematis armandii, Jasminum polyanthum, Lauropetalum chinensis,
Ginesta monosperma, Styrax officinalis,Trachelospermum jasminoïdes,
Hymenosporum flavum, Pittosporum tobira.......
Les
rosiers à floraison printanière
Rosa banksiae,Rosa leavigata, Rosa cooperii, Rosa 'Senateur Lafolette',
Rosa 'Souvenir de madame Léonie Viennot', Rosa chinensis
mutabilis,Rosa indica major, Rosa 'Mme Isaac Pereire', Rosiers hybrides
de thé......
Les
méditerranénnes fleurissent toutes ensemble
Lavandula stoechas, Lavandula dentata, Rosmarinus, Thymus, Cistus
libanotis, Cistus aiguilari, Cistus albidus, Cistus pahlinae, Cistus
ladanifer, Lavatera maritima, Coronilla, Asphodelus, Viburnum tinus,
Teucrium fruticans,Cercis siliquastrum, Erica arborea...
La
flore acclimatée offre ses couleurs fortes
Ceanothus,
Grevillea, , Westringia fruticosa , Abutilon, Wisteria, Hebe, Salvia
leucantha, Salvia confertiflora, Salvia guaranatica, Félicia,
Arctotis, Gazania, Bulbine, Eriocephalus africanus, Gelsemum semperviren,
Polygala myrtifolia....
Le
printemps est la plus belle saison au jardin du midi.
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Avril
dans mon jardin
Avril
est rose, mauve, parme et violet. Il sent le lilas et l'iris.
Avril est audacieux comme la glycine qui enlace le gros pin et qui
s'essaie chaque année à le coiffer d'un ridicule chapeau
fleuri.
Avril est changeant, tiède et parfumé de jasmin, parfois
venteux et irritant comme les pollens qu'il essaime.
Avril sent l'animal, lorsque les cistes suintent leur gomme collante.
Avril est admirable lorsque les rosiers de Banks drapent de blanc
comme une mariée le vieux chêne liège à
la fente garnie de broméliacées.
Rosa laevigata et Rosa banksiae ont mis en commun leur vigueur pour
donner un rosier fou : Rosa X Fortuniana dont les fleurs en grosses
houpettes blanches poudrent le grand acacia épineux àla
floraison jaune soufre
La
pluie est enfin arrivée, deux jours durant, elle a mouillé
la terre du jardin après avoir brisé ses grosses gouttes
sur les feuillages persistants.
Les pins débarassés de leurs aiguilles mortes brillent
d'un vert lustré. Les rigoles d'eau qui dévastent
les allées en pente charrient un pollen qui auréole
toutes les flaques d'un feston doré.
Le
tour du jardin matinal prend plus d'une heure tant il y a à
observer d'un jour à l'autre : Avril est le mois du blanc!
Les
spirées en buissons immaculés, le roddothypos aux
feuilles de kerria, le choysia aux feuilles grasses, les dimorphotecas:
ces marguerites au coeur et au revers bleu marine proposent le blanc
le plus éclatant du jardin.
Les narcisses blancs, les arums se dressent fiers dans des nuages
d'érigeron karvinskianus aux minuscules marguerites blanches
à revers rosé. Les iris blancs, Iris germanica entourent
le romarin à fleurs blanches que j'ai essayé par curiosité.
Sa timide floraison bien que délicate n'apporte pas grand
chose à ma composition. Il lui manque sans doute un peu de
soleil pour donner le meilleur de lui-même.
Les cistes commencent leur floraison : le premier est le ciste à
feuille de sauge venu de la colline proche. Taillé en boule
chaque année il garde un port élégant malgré
l'arrosage dont il bénéficie. Au dos du coin pelouse,
les grands cistes blancs commencent aussi à éclore,
cistus aguilari, cistus libanotis ...
Les
rosiers Banksiae blancs sont en plein épanouissement et leur
doux parfum de violette enveloppe le jardin. Le plus grand a atteint
le sommet dÕun vieux chêne liège qu'il coiffe avec
humour d'une immense capeline fleurie. La petite bouture a fait
du chemin en 15 ans et sa tige principale est devenue un tronc épais
dont l'écorce craque chaque printemps sous la pression de
la sève. Il libère de fins feuillets d'un joli ton
de roux, doux comme du papier de soie.
Le second rosier, issu de bouture lui aussi masque le fond du grillage
qui me sépare d'un voisin. Il a pris des libertés
avec la mitoyenneté et lance chez lui de grandes tiges qui
s'accrochent dans les arbres voisins et s'arcquent chaque printemps
sous le bois de ses innombrables bouquets blancs.
Le troisième rosier de Banks s'appuie sur un pin penché
et j'ai beaucoup de mal à le retenir. Il s'écroule
avec nonchalance sur une spirée double (spirea cantoniensis)
qui fleurit en bouquets de fleurs bien doubles. De loin, leurs grâces
mélées rendent l'identification des fleurs bien difficile.
J'ai
créé au jardin des proximités de faux amis,
dont la floraison simultanée et presque semblable n'est apréciée
que des vrais jardiniers: clin d'oeil aux difficultés de
la science botanique!
Si les rosiers de Banks sont charmants, le grand rosier à
fleurs simples, Rosa Laevigata a une élégance inégalée.
Son feuillage trilobé, vert tendre met en valeur les très
grandes fleurs blanches à coeur d'or. Dès que la fleur
a été visitée par les abeilles, le coeur des
étamines brunit en un halo sombre qui relève la blancheur
des pétales.
Ce rosier magnifique pousse avec une puissance redoutable. Les longs
jets qu'il lance chaque année se courbent donnant naissance
à des tiges fortement épineuses qui fleurissent aux
extrémités. Il est très difficile de le diriger,
il a tendance à choisir lui même son chemin en dépit
des ficelles, pieux et autres contraintes dérisoires que
j'essaie de lui imposer !
Dans un massif proche, les cistes à gomme, cistus ladanifera,
a des fleurs presque identiques : même taille, même
blancheur, même coeur doré. une observation plus fine
permet de noter les subtiles différences : le coeur du ciste
est maculé de brun, ses pétales de soie fine se défroissent
le matin pour chuter dès l'après-midi, les pétales
de la rose, d'une texture de satin épais résistent
au moins deux jours avant de se détacher du calice épineux
comme une petite bogue.
Pour
souligner toute cette blancheur, la subtile gamme des violines se
répend insidieusement dès Avril au milieu des massifs.
Rose violacé des fleurs de l'arbre de Judée qui percent
le bois avant les feuilles, violet doux de la glycine du Japon qui
escalade le grand eucalyptus suspendant ses grappes légères
au tronc lisse et gris. Dans les massifs, le violet sombre de l'iris
germanica, le premier à fleurir souligne le violet gai des
gros coussins de la giroflée de Madère. A côté
d'elle fleurit la monaie du pape dont la fleur en croix est presque
la même, à peine un peu plus claire.
La
grande famille des marguerites violettes, osteospermum et dimorphoteca
rampent ou buissonnent dans une floraison de tous les mauves. Au
milieu d'eux, un buisson ravissant, le prostanthera, forme une grosse
boule parme dont le moindre frôlement dégage une odeur
forte et balsamique. Les lilas éparpillés dans les
haies et dans les coins délaissés du jardin ne se
remarquent que pendant une quinzaine de jours, à l'apogée
de leur floraison. Peu adaptés à la terre pauvre et
acide du jardin, ils consentent cependant à y vivoter. Leur
parfum surrané est une des joies de ce mois d'Avril.
Ma préférence va à celui dont les fleurs simples
d'un mauve rosé très doux se marient si bien avec
le rosier indica major et le tamaris rose de printemps. Les trois
forment un bouquet merveilleux qui s'épanouit un mois durant
jusqu' au sommet du toit de la maison.
Dans le sous-bois avec les monaies du Pape, les plus belles, ont
poussées seules au fond du ruisseau, on trouve toutes les
pervenches. J'en possède une jolie collection aux formes
et aux couleurs variées. Elles rampent et s'insinuent partout
où un peu de d'humidité les attire. Pour les inciter
à fleurir, je les rase en automne afin que de nouvelles poussent
se dressent pour fleurir dès l'hiver.
Sous
le plaqueminier, le polygala à hauteur d'homme, est à
l'apogée de sa floraison. Le mauve intense, dissimule mal
une pointe de rouge. A son pied, un tapis de fleurettes naïves
et d'herbes odorantes cachent son tronc crevassé et gerçés
par les années. Un dodonea viscosa aux feuillage empourpré
au milieu des cistes souligne leur floraison. Une grosse potée
de tulipes raides et violettes lui fait un écho au bord de
la terrasse.
Après
tout ces mauves incertains, les floraisons bleu sont d'une naïveté
rassurante. La bugle s'enracine en rosettes de petite salade avant
de dresser fièrement un épi bleu vif dans les marches
d'escalier et entre les pierres de bordure.
L'agathea celestis aux tiges raides et fragiles fleurit en paquerettes
bleu à coeur jaune.
Les jacinthes romaines font maintenant colonie sous la fenêtre
de la laverie, là où je vide souvent de l'eau par
la fenêtre. Leurs tiges aux clochettes bleu doux font de jolis
bouquets avec les derniers narcisses.
Dans
un gros pot, j'expérimente une nouveauté : un Clerodendron
ungadense Il m'a été donné pour un buisson
de taille moyenne fleurissant sans discontinuer au soleil. Les fleurs
sont d'un bleu tendre relevé de la touche violette des étamines.
Pour agrémenter la potée, j'ai repiqué à
ses pieds une violette curieuse, dont la fleur blanche mouchetée
de mauve ressemble un peu à celle du clerodendron. Pour féminiser
la potée, quelques rejets d' helichrysum feront un feston
duveteux et gris à l'ensemble.
Mais le bleu le plus pur du jardin est porté par le ceanothus
thyrsiflorus. Petit buisson planté il y a 15 ans, il est
devenu un arbre imposant qui dépasse le toit. En Avril, c'est
une masse dense, bleu métallique, bourdonnante d'abeille
et dégageant un parfum sucré. Les abeilles y butinent
en une ronde infernale et en fin de journée le sol est couvert
de bleu.
D'autres ceanothes, issus de boutures ponctuent les escaliers du
jardin. Je les maintient à grand peine en gros buissons à
coup de tailles répétées; mais jusqu' à
quand ?
Leur feuillage vert sombre est toujours net et ils ont le bon goût
de refleurir en septembre mais avec moins d'opulence.
Profitons
de ces tendres floraisons d'avril car bientôt je ne saurais
plus où donner de la tête: Mai offrira tous les tons
de rose et toutes les roses...
Nicole
Arboireau
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